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19 juin 2017

Souvenirs: quand Derek Redmond surpassa la douleur avec son père

 

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Le sprinter britannique Derek Redmond, blessé, termine sa demi-finale du 400 mètres des Jeux olympiques 1992 avec l'aide de son père Jim.Courtesy of YouTube © Olympic

Pour la fête des pères, le Comité international olympique (CIO) a rendu hommage à Derek Redmond et son père Jim. Leur histoire, belle et douloureuse, remonte aux Jeux olympiques de 1992 : père et fils, unis et plus forts que la souffrance, finirent ensemble une course inoubliable. Récit.

Le 18 juin, on célèbre les pères un peu partout dans le monde. Le Comité international olympique (CIO) a pris part à la fête des pères 2017 en relayant une vidéo célèbre sur les réseaux sociaux. Son nom : « Never Give Up » ( « N'abandonne jamais »). Elle date du siècle dernier. Du 3 août 1992 précisément. On est en Espagne, au Stade olympique Lluis-Companys, aussi connu sous le nom de Stade de Montjuic. C’est là que se déroulent les épreuves d’athlétisme des Jeux olympiques d’été de Barcelone.

Un champion face à l’occasion de sa vie

Le Namibien Frankie Fredericks, la Française Marie-José Pérec, le Cubain Javier Sotomayor, l’Américain Carl Lewis, l’Ethiopienne Derartu Tulu… Toutes les stars sont là. Mais ce 3 août, c’est sur Derek Redmond que les projecteurs sont tournés. Le Britannique est parmi les favoris sur 400 mètres. Quatre ans plus tôt, aux Jeux de Séoul, en Corée du Sud, le sprinter avait déclaré forfait quelques secondes avant les premières séries, à cause d’une blessure au tendon d’Achille.

Les pépins physiques et les opérations, Derek Redmond les a accumulés dans sa carrière. Il a subi huit opérations avant les Jeux olympiques de 1992. Redmond était encore hospitalisé à moins de trois mois du rendez-vous en Catalogne.

Mais le Britannique est bien présent début août. Et il est en forme. Il remporte facilement ses deux premières séries. Le 3 août, quand l’athlète se présente sur la piste pour sa demi-finale, les observateurs s’attendent à une nouvelle grosse performance de sa part.

Un rêve brisé… mais une détermination incassable

Le Britannique est au couloir n°5. Le coup de feu est donné et les sprinters s’élancent. Derek Redmond, avec sa grande foulée, est bien parti. Mais dans la première ligne droite, après 175 mètres, il stoppe son effort, grimace, se tient la cuisse droite et s’arrête finalement, un genou à terre. Le visage enfoui dans une main, il ne regarde pas ses concurrents terminer la demie sans lui. Son corps vient de le lâcher, une nouvelle fois. Le verdict tombera plus tard : déchirure du tendon du jarret droit.

A presque 27 ans, Derek Redmond voit s’envoler son dernier rêve de titre olympique. Des officiels et des médecins se précipitent pour l’aider. Le Britannique s’affaisse, grimaçant toujours. La douleur est vive. Mais il reste lucide… et d’un coup, il se relève et reprend sa course. Sur une jambe et demie. La gauche le porte, la droite, meurtrie, traîne. Même blessé, Redmond refuse d'abandonner.

Des années plus tard, il racontera à la BBC : « Je me disais : ‘t’es en demies des JO’. C’est ce qui m’a poussé à me lever et à repartir en boitant. ‘Même si je dois marcher, je vais finir cette course’. Je me disais que c’était peut-être ma dernière, alors je devais la finir. Pas pour quelqu’un d’autre, mais pour moi. »

«Nous avons commencé ta carrière ensemble et nous allons la finir ensemble »

Le public se lève et applaudit le champion claudicant sur la piste. Cette course pour l’honneur devient difficile pour lui seul. Sa jambe le fait souffrir. Dans le dernier virage, un homme surgit en courant derrière Derek Redmond. C’est Jim, son père. Il est descendu des tribunes et a enjambé les barrières. Un officiel tente de l’arrêter, mais Jim Redmond le repousse et rejoint son fils en larmes. Ce dernier met quelques instants à réaliser ce qui se passe.

Jim Redmond expliquera : « C’était l’instinct paternel. Je devais l’arrêter, pour l’empêcher de se blesser davantage. Quand je l’ai rejoint, Derek a insisté pour finir la course. Alors, je lui ai dit : ‘Nous avons commencé ta carrière ensemble et nous allons la finir ensemble’. »

Effondré, Derek Redmond passe un bras autour du cou de son père et poursuit sa course. Plusieurs officiels tentent encore d’arrêter père et fils ; Jim les renvoie tous. Ensemble, ils vont jusqu’au bout et franchissent la ligne d’arrivée, porté par les applaudissements des 65 000 spectateurs présents. Blessé physiquement, touché moralement, le Britannique pleure à chaudes larmes.

 

 

Père et fils dans la légende des Jeux olympiques

« Mon père a toujours été là pour moi. Il a passé beaucoup d’années à patienter au bord des pistes, en plein hiver, avec un café dans la main en essayant de se réchauffer. Et là, tout ce qu’il disait, c’était ‘tu n’as pas besoin de faire ça, tu n’as rien à prouver, tu es un champion’ », se remémore encore Derek Redmond à la BBC. Ensemble, ils allèrent jusqu’au bout de ce qui restera comme l’ultime course du Britannique : victime de ses blessures, il acheva sa carrière sur ce cruel moment d’anthologie.

Parce que le sprinter a été aidé, il est inscrit sur les tablettes comme « n’ayant pas terminé la course ». Mais le champion au palmarès olympique vierge est, d’un coup, entré dans la légende des Jeux. Son histoire est citée en exemple. L’ancien président américain Barack Obama y fait parfois référence.

Après Barcelone, Derek Redmond a porté plusieurs casquettes. Il s’est notamment distingué dans son habileté à livrer des discours de motivation. En 2012, son père Jim fut retenu comme l’un des porteurs de la flamme olympique avant les JO de Londres. Derek Redmond a prouvé une chose : nul besoin d’une médaille pour devenir un héros olympique.

En ce jour de fête des pères, l’ancien sprinter, aujourd’hui âgé de 51 ans, a eu une pensée pour celui qui le soutint jusqu’au bout de sa carrière : « Bonne fête des pères au plus grand homme de cette planète. »

AFP

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