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08 mars 2017

Ahmad: «Nous vivons une époque de transformation» à la CAF

 

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Ahmad, le président de la Fédération Malagasy et candidat à la présidence de la Confédération africaine de football (CAF).RIJASOLO / AFP

Ahmad, président de la Fédération Malagasy, est candidat à la présidence de la Confédération africaine de football (CAF). Le seul opposant au président en poste depuis 1988, Issa Hayatou, croit en ses chances, le 16 mars à Addis-Abeba : « Je ne dis pas que je vais gagner, mais je ne pense pas qu’on pourra nous ridiculiser. »

RFI : Ahmad, pouvez-vous nous expliquer quand et comment vous avez décidé de vous présenter à la présidence de la Confédération africaine de football (CAF) ?

Ahmad : Lors d’un Congrès de la FIFA à Mexico en mai 2016, il y a trois, quatre ou cinq présidents de fédération qui sont venus me solliciter, pour envisager une candidature à la présidence de la CAF. Je leur ai alors répondu « non », que je n’avais jamais pensé à ça, car je n’avais pas ce type d’ambition. Certains ont toutefois insisté pour que je réfléchisse bien. Mais on en est resté là.

Puis, lors du Congrès de la CAF au Caire, en septembre 2016, je me suis présenté pour être un des élus africains au Conseil de la FIFA. Au départ, on était six candidats [sept en réalité, Ndlr] pour les deux postes disponibles. Deux candidats [trois en fait, Ndlr] se sont désistés et deux autres ont été soutenus par l’équipe du président actuel (1). J’ai pourtant été classé troisième de ce scrutin avec trente voix alors que le premier en avait trente-sept et le deuxième trente-et-un.

C’est là que les discussions ont été approfondies avec une quinzaine de fédérations. C’est là que j’ai vraiment pris la peine de réfléchir sérieusement au fait d'être candidat.

 

Quels pays vous soutiennent ?

Les quatorze pays de ma zone [le Cosafa, organe représentatif des fédérations d’Afrique australe, Ndlr]. […] C’est peut-être un rêve de dire que j’aurai 100% de ses quatorze voix, mais douze au moins seront cruciales pour ravir les vingt-huit voix nécessaires à la victoire finale.

Il y a par ailleurs eu certaines manifestations de soutien en Afrique de l’Ouest. D’autres, encore, ne vont jamais le manifester publiquement. J’en connais et je respecte leur position.

Y a-t-il un mécontentement de la part des pays anglophones qui vous soutiennent, notamment ceux du Cosafa, à l’égard des décisions du président de la Confédération africaine de football ?

J’évite et je continuerai d’éviter – c’est mon principe et mon éducation qui veulent ça – d’évoquer ce qu’il fait ou ce qu’il a fait. Je ne verserai pas dans la critique.

Au fond, ce que nous voulons tous, c’est un changement de leadership, de système, et dans la manière de gérer la Confédération.

C’est pour cela qu’avec mon équipe, lorsque nous avons élaboré mon programme de candidature, nous avons travaillé sur le changement et la remise à niveau de la CAF, si je peux dire. […] On sent que son administration est déjà obsolète. Ça n’évolue pas.

Et quelles sont donc les mesures fortes que vous proposez, pour faire évoluer le leadership au sein de la CAF ?

On va élire un président, mais il y aura une équipe autour de lui. Je suis convaincu que c’est un travail d’équipe. Il faut une forte implication de la part des présidents de fédération dans les décisions, surtout dans les grandes décisions qui engagent la Confédération.

Une des critiques qui revient souvent, c’est que les membres du Comité exécutif actuel ne président plus ou ne s’occupent plus d’une fédération. Il y a un décalage entre la réalité sur le terrain et ce que le Comité exécutif entreprend.

Envisagez-vous une réforme des compétitions comme la Coupe d’Afrique des nations, si vous êtes élu ?

J’ai déjà annoncé qu’il y aurait un débat pour qu’on réfléchisse au sujet de toutes les compétitions. La CAN est la compétition phare du continent. Va-t-on garder seize équipes ou va-t-on l’ouvrir (sic) ? Est-ce qu’on va organiser une rotation du pays hôte dans chaque zone ? Est-ce qu’on va continuer à l’organiser tous les deux ans ? Ce n’est pas à moi de répondre. Il faut impliquer tout le monde dans ces questions, que ce soit les anciens joueurs, les techniciens, les sponsors et évidemment les administrateurs du football que nous sommes. Il faut qu’on discute librement, sans contrainte, pour améliorer cette compétition.

Le fait d’en rester là crée la léthargie. Je pense que ça finira par dénaturer la compétition ou même par démotiver les gens. […]

Une Coupe d’Afrique des nations tous les quatre ans et/ou organisée en juin plutôt qu’en janvier, ce ne seront donc pas des sujets tabous ?

Je ne dis pas non si la majorité dit qu’il faut aller dans ce sens, que c’est ce qui est bon pour l’Afrique. Je n’ai pas d’a priori.

Si vous êtes élu, quelle sera votre première mesure ?

Il y aura sûrement un audit organisationnel ou financier. Il y aura une étude de tous les contrats qui existent au sein de la Confédération et la mise en place d’un nouvel organigramme.

Depuis une vingtaine d’années, aucun adversaire n’a réellement ébranlé le président Issa Hayatou. En quoi avez-vous plus de chances de réussir ?

Nous vivons dans une époque de transformation. La majorité des présidents de fédérations ont changé. Il y a beaucoup plus de jeunes qu’avant. La moyenne d’âge tourne autour d’une quarantaine d’années. Moi-même, je me sens un peu vieux, comparé à eux. Je fais partie d’une génération intermédiaire, entre ceux qui sont là depuis longtemps et ceux qui viennent d’arriver. Ça, c’est déjà un grand changement, je pense.

Notre indicateur, c’est aussi que pendant le Congrès du Caire, seize des cinquante-quatre présidents de fédérations sont allés à l’encontre d’une décision du Comité exécutif, lors d’un vote à main levée (2). Six autres présidents se sont abstenus. Ça indique que les gens n’acceptent plus le système et ceux qui sont à la tête de la Confédération.

Donc, je ne dis pas que je vais gagner, mais je ne pense pas qu’on pourra nous ridiculiser.

Votre bilan à la tête de la Fédération malgache plaide-t-il en faveur de votre candidature à la tête de la CAF ?

Je crois que ce sont deux mondes très différents. Si je me représentais à la tête de la Fédération malgache, je mettrais sans doute mon bilan en avant. Mais là, c’est quelque chose de complètement différent.

Certaines personnes de l’autre camp essaient tout le temps de me dénigrer. Ils disent que je manque d’expérience, que Madagascar est une petite île.

Mais ce sont les personnes qui comprennent la réalité du terrain qui peuvent apporter quelque chose. Parce que la majorité des pays africains sont au même niveau que Madagascar, en termes de développement du football. On est donc mieux placé pour comprendre ce dont ces pays ont besoin.

Quant à mon bilan, on voit qu’il y a désormais des joueurs malgaches qui évoluent partout, que ce soit dans des grands clubs africains ou en Europe. La sous-région de l’Océan indien ne permet pas à nos joueurs de s’épanouir donc ils partent très jeunes. […] Mais même malgré ces départs, nos clubs s’imposent lors des compétitions interclubs.

Au niveau administratif et organisationnel, la Fédération malgache se gère par elle-même (sic). Tout le monde le sait. La FIFA le sait. Et à la CAF, ceux qui ne ferment pas les yeux le savent. […]

Le président de la Fédération internationale de Football (FIFA), Gianni Infantino, était présent à une réunion organisée par le président du Cosafa, le 23 février dernier à Harare. En avez-vous profité pour parler avec le patron de la FIFA de votre candidature à la tête de la CAF ?

Il est plutôt venu pour la fête organisée par le président du Cosafa. On a essayé de respecter le principe de notre réunion. […]

On vous présente parfois comme le candidat favori de Gianni Infantino. Que répondez-vous à cela ?

Demandez-lui ! Ce n’est pas à moi de répondre à sa place. Je ne dis pas ça seulement par rapport à Gianni. Si on me demande quelle est la position de certains collègues, je refuse de répondre. Je ne publie pas tous les soutiens qui arrivent dans ma boîte mail, mon WhatsApp… Il y a pourtant des anciens joueurs, des techniciens, des politiciens. Beaucoup de gens m’envoient des messages d’encouragement. Mais je ne les divulguerai jamais, car je respecte ces personnes. C’est à eux de se manifester publiquement, s’ils le veulent.

La presse britannique a assuré que vous aviez touché 100 000 dollars de la part du Qatar en échange d’un vote en faveur de la candidature qatarienne pour l’organisation de la Coupe du monde 2022. Est-ce que des présidents de fédération vous demandent de vous justifier par rapport aux accusations du Sunday Times ? Cet article revient-il souvent dans les discussions concernant votre candidature ?

Certains en parlent, mais je n’ai pas trop voulu répondre à tout ça. Car j’ai été un infime élément dans ce débat. Tout d’abord, je n’étais pas membre du Comité exécutif de la FIFA et je ne votais donc pas pour désigner le pays hôte de la Coupe du monde. Ensuite, quel intérêt le Qatar aurait-il eu à me verser 100 000 dollars ?

Ce qui est malheureux dans cette histoire, c’est qu’il y a eu de la mauvaise foi. Les journalistes ont montré une communication que j’ai eue avec l’assistant de monsieur Bin Hammam (3). Mails ils n’ont pas tout dévoilé. Il y a effectivement eu un entretien au cours duquel j’ai réclamé son soutien [5.000 dollars selon Ahmad, Ndlr] pour l’organisation d’une élection dans le cadre du football malgache. On a juste isolé la phrase où j’écris « soit vous m’envoyez l’argent par virement bancaire, soit vous me le remettrez lors de mon passage à Paris».

Tout le monde, y compris les chefs d’Etat dignes de ce nom, sollicite un soutien pour des élections. Mais que puis-je faire face à un rouleau-compresseur qui vise à détruire cette attribution de la Coupe du monde au Qatar ? Je me suis tu alors que j’ai la copie de tous les mails évoqués.

(1) Ahmad fait référence au Guinéen Almamy Kabele Camara et au Ghanéen Kwesi Nyantakyi élus à la FIFA.
(2) La Fédération de Djibouti avait proposé une réforme des statuts de la CAF concernant les candidatures à la présidence de la Confédération. Elle souhaitait que les candidatures ne soient plus réservées aux seuls membres du Comité exécutif, mais à tout président de Fédération disposant de cinq parrainages.
(3) Le Qatarien Mohamed Bin Hammam, ex-président de la Confédération asiatique et vice-président de la FIFA, a été banni en 2011 de toute activité liée au football pour « corruption » dans le cadre des élections à la présidence de la FIFA.

NB : Cet entretien a été réalisé le 24 février 2017.


Ahmad, un adversaire qui a pris du poids

L’annonce de la candidature d’Ahmad à la présidence de la CAF, en janvier dernier, a d’abord fait sourire de nombreux observateurs et administrateurs du football africain. Le Malgache préside en effet une Fédération dont le pays a très rarement brillé en football.

Cet ancien ministre a toutefois engrangé les soutiens ces six dernières semaines, à commencer par celui du Conseil des associations de football en Afrique australe (Cosafa). Certains présidents ouest-africains de fédérations semblent également prêts à voter pour lui.

Si Issa Hayatou, le président sortant de la CAF, semble encore avoir de la marge en vue de l’élection du 16 mars, beaucoup d'observateurs s’interrogent sur l’impartialité et sur le poids du président de la Fédération internationale de football (FIFA) dans cette campagne.

rfi

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