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04 août 2015

Dopage: l’athlétisme kényan au cœur d’une nouvelle polémique

 

mediaLa Kényane Rita Jeptoo.Jim Rogash/Getty Images/AFP

La chaîne de télévision allemande ARD a diffusé un documentaire le 1er août qui met notamment en cause la probité des athlètes kényans. Des accusations de dopage que rejette une nouvelle fois le Kenya, à trois semaines des Championnats du monde d’athlétisme, à Pékin.

 

ARD et le Sunday Times ont-ils enclenché une bombe à retardement pour le monde de l’athlétisme, à trois semaines des Championnats du monde 2015 (22-30 août à Pékin) ? La chaîne de télévision allemande et le quotidien britannique ont assuré le 1er août que les athlètes se dopaient comme le faisaient les cyclistes il y a 10 ou 15 ans. C'est-à-dire à un niveau alarmant.

Les deux médias assurent en effet avoir fait décortiquer une base de données de la Fédération internationale d’athlétisme (Iaaf) contenant près de 12 000 tests sanguins effectués entre 2001 et 2012. Sur les 5 000 personnes contrôlées, 800 présenteraient des paramètres biologiques suspects, voire très suspects.

ARD et le Sunday Times ne citent pas de nom. Tout juste indiquent-ils que la superstar jamaïcaine Usain Bolt n’est pas concernée. Les cas seraient en revanche très nombreux chez les spécialistes de courses d’endurance (1). Les deux chercheurs australiens sollicités affirment ainsi que près des deux tiers des athlètes ayant remporté une médaille mondiale ou olympique entre 2011 et 2012 (soit 146, dont 55 en or) ont « probablement eu recours au dopage sanguin durant leur carrière ».

Le Kenya dément

Deux pays sont particulièrement mis en cause dans cette nouvelle affaire : la Russie et le Kenya. Les Russes ont été accusés à maintes reprises de ne pas avoir liquidé l’héritage soviétique en matière de dopage. Les Kényans, de leur côté, sont la cible de suspicions depuis quelques années seulement. Pour le documentaire d’ARD, les reporters ont notamment filmé en caméra cachée l’injection de produits dopants dangereux.

 

La Fédération kényane (AK) a vivement réagi à ces images, dans un communiqué : « Le timing (de diffusion) de ce reportage calomnieux, […] qui prétend qu’il existe un vaste système généralisé de dopage au Kenya, est extrêmement suspect et malintentionné, puisqu’il tombe le jour où nous sélectionnons notre équipe pour les Championnats du monde. » AK ajoute : « Le documentaire tente de salir nos coureurs avec des suspicions injustifiées, alors qu’ils se préparent (pour les Mondiaux). » Les dirigeants kényans rappellent enfin que l’auteur du documentaire avait déjà formulé des accusations similaires, trois ans plus tôt. « AK a été en première ligne dans la mise en évidence du dopage comme un problème, se défendent-ils. Au cours des deux dernières années nous avons consacré beaucoup de temps et d’énergie à combattre ce vice avec l’aide de l’Iaaf, de l’Agence mondiale antidopage (AMA), du gouvernement kenyan. »

De fait, en avril dernier, Athletics Kenya (AK) a suspendu pour six mois l'Italien Frederico Rosa et le Néerlandais Gerard van De Veen, deux entraîneurs opérant au Kenya. Rosa coache notamment la marathonienne Rita Jeptoo, suspendue pour dopage.

Malgré ces sanctions, AK reste critiqué par l’Iaaf et l’AMA pour son laxisme. Car au total, au moins 36 athlètes ont été contrôlés positifs au cours des deux dernières années. Rita Jeptoo, devenue un symbole, a par exemple indiqué ne pas avoir subi le moindre test antidopage dans son pays depuis 2006.

Le Sénégalais Lamine Diack sort de sa réserve

Le documentaire d’ARD a donc poussé Lamine Diack, le président de la Fédération internationale d’athlétisme (Iaaf) à s’exprimer, durant la 128e session du Comité international olympique (CIO) à Kuala Lumpur. Le Sénégalais, qui est également membre du CIO, quittera ses fonctions à la tête de l’Iaaf dans quelques jours. Il passera la main au Britannique Sebastian Coe ou à l’Ukrainien Serguei Bubka, après seize années de pouvoir. L’ancien maire de Dakar se méfie de ces révélations qui pourraient très largement ternir ses quatre mandats.

« Il y a derrière tout cela une volonté de redistribution de médailles, faisons-y attention, a déclaré Lamine Diack. Nous avons vu les déclarations à la télévision allemande et dans la presse britannique. Nous en prenons acte. Notre bureau travaille et va répondre à toutes ces questions. » Et le Sénégalais de conclure : « Je crois que l'Iaaf a toujours fait la preuve qu'elle était absolument consciente qu'elle ne pouvait pas se permettre qu'il y ait des doutes sur les performances accomplies par ses athlètes. »

(1) 800 mètres, 1 500 mètres, 3 000 mètres steeple, 5 000 mètres, 10 000 mètres et marathon.

rfi

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