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15 mai 2015

Athlétisme/Reprise de la Ligue de Diamant:Usain Bolt peut-il encore battre ses records ?

 

mediaUsain Bolt sera très attendu cette année lors des Mondiaux de Pékin du 22 au 30 août.Reuters/Kai Pfaffenbach

La saison estivale d’athlétisme reprend vendredi 15 mai avec le début de la Ligue de Diamant à Doha et en ligne de mire, l’objectif de l’année : les Championnats du monde du 22 au 30 août à Pékin, moins d’un an avant les Jeux de Rio. D’Usain Bolt au dopage, en passant par Renaud Lavillenie, nous avons balayé les principales questions de cette année préolympique.

A un an des Jeux Olympiques, cette saison sera-t-elle intéressante ?

La question divise. « Sincèrement, la veille des Jeux, les "gros" veulent éviter de se montrer et s’entraînent à l’abri des regards », nous explique Marc Raquil, vice-champion du monde du 400 m en 2003. Les Championnats du monde de Pékin, du 22 au 30 août, risquent-ils donc, dans cette optique, de manquer de piment ? « Je pense, oui. Tout au long de la saison, les meilleurs, dans chaque discipline, vont tout faire pour ne pas s’affronter. Lors des meetings, l’un fera par exemple le 100 m, l’autre le 200 m. Les voir sur une même distance, ce n’est possible que s’il y a un gros chèque au bout. Il ne faut pas se leurrer…, explique le champion d’Europe 2006 du tour de piste. Il y a également l'éventualité d’une blessure étrange, au dernier moment, pour éviter de courir l’un contre l’autre. Personne ne veut perdre, les favoris, amoindris, ne prendront aucun risque ».

Si les têtes d’affiche risquent fort de se porter pâle, de nouvelles figures émergeront dans les semaines et mois à venir. A la manière justement d’un Marc Raquil lors de l’échéance mondiale qui se déroulait au Stade de France il y a douze ans : « J’étais un petit poisson,raconte l’intéressé. L’absence des caïds offre toujours la possibilité à d’autres de se faire connaître. On progresse, on gagne des courses sereinement, sans pression, on emmagasine de la confiance ». Les prochains sprinteurs à suivre ? « Les jeunes loups américains notamment, qui ont battu les Jamaïcains et Usain Bolt aux 4x100 m aux Mondiaux de relais (début mai aux Bahamas) », prédit Marc Raquil.

 

Asafa Powell (à gauche) et Tayson Gay vont tenter de dominer Usain Bolt cette saison.Reuters

Usain Bolt peut-il encore battre ses records ?

Il l’a dit haut et fort : il s’en sent toujours capable. Alors qu’il fêtera ses 29 ans le 21 août, veille du lancement des Mondiaux chinois, Usain Bolt compte bien continuer de marquer l’Histoire. Au point d’abaisser ses incroyables chronos (9’58 au 100 m et 19’19 au 200m, en août 2009) ? Un défi difficile, mais pas irréalisable selon Marc Raquil : « Il en a le potentiel. Si quelqu’un le colle, s’il sent la respiration sur son épaule, il peut aller encore plus vite. Il faut qu’un coureur arrive à le titiller. Courir sans adversaire, ce n’est pas intéressant. Tu te lasses, tu ne donnes pas le meilleur de toi-même et tu perds ta niaque. Aujourd’hui, il ne s’engage que pour les primes, il n’a plus rien à prouver ».

Seul au monde depuis les Jeux de Pékin en 2008, le sextuple champion olympique a pourtant été piqué dans son orgueil aux Bahamas, avec la défaite des siens au relais 4x100 m. Sans oublier les retours au premier plan des ex-suspendus pour dopage Justin Gatlin et de son compatriote Asafa Powel, qui a signé récemment la meilleure performance mondiale de la saison sur 100 m en 9’84. On attend la réponse du patron.

Quels athlètes français cartonneront ?

Evidemment, tous les regards se tournent vers Renaud Lavillenie. Le détenteur du record du monde du saut à la perche (6,16 m) paraît indétrônable dans sa discipline. Sûr de ses forces, le Clermontois espère enfin décrocher le seul titre manquant à son impressionnant tableau de chasse, celui de champion du monde après plusieurs échecs successifs. Améliorera-t-il dans les mois à venir sa marque ? Impossible de le prévoir, tant le perchiste déborde d’ambition et surtout, de talent. Avec des conditions météorologiques optimales, le successeur de Sergueï Bubka devrait encore tutoyer les sommets et il pourrait bien ne pas être le seul. « J’aimerais beaucoup revoir Teddy Tamgho au plus haut niveau », avoue Marc Raquil. Le spécialiste du triple saut, cinquième Français seulement à remporter une médaille d’or mondiale, en 2013 à Moscou, sort de plusieurs longs mois difficiles, avec notamment une fracture du tibia puis une suspension d’un an en raison de trois contrôles antidopage manqués. De retour sur les pistes depuis mi-mars, le sauteur de 25 ans est encore à la recherche des sensations qui lui ont permis de devenir le troisième athlète à dépasser les dix-huit mètres il y a deux ans (18,04 en août 2013). Imprévisible depuis ses débuts, Teddy Tamgho pourrait néanmoins être la belle surprise de l'été.

Le Français Renaud Lavillenie espère à nouveau approcher les sommets cet été.REUTERS/Phil Noble

 

En l’absence de Mahiedine Mekhissi, opéré du pied droit et forfait pour la saison, les chances de médailles à Pékin sont rares pour les Bleus. Seul Yohann Diniz, triple champion d’Europe du 50 km marche, semble en mesure de monter sur la plus haute marche du podium. Mais nombreux auront un coup à jouer : Antoinette Nana Djimou à l’heptathlon, Eloyse Lesueur à la longueur, Pascal Martinot-Largarde au 110 m haies, le relais 4x400 m féminin, champion d’Europe à Zurich l’été dernier au terme d'une course folle, ou encore le 4x100 m masculin avec ses deux têtes d’affiche, Christophe Lemaitre et Jimmy Vicaut, qui viseront une place de finaliste en Chine, voire mieux, notamment pour le premier cité s’il s’aligne également sur le 200 m (3e en 2011 à Daegu).

Le feuilleton du dopage s’arrêtera-t-il ?

Les chances sont minimes, infimes, voire inexistantes. Alors que de nombreux cas de dopage ont été révélés ces derniers mois, l’athlétisme reste un sport marqué et traumatisé par ce fléau qui touche tous les pays. « On aura encore des révélations, d’autres athlètes tomberont d’ici 2016, promet, dans un soupir, Marc Raquil. Les contrôleurs auront toujours un ou deux coups de retard sur les tricheurs. L’argent est le nerf de la guerre. Regardez ceux qui se font prendre : ils ne sont pas très connus et pas très riches. Les meilleurs, qui se dopent, ont plus de moyens financiers et utilisent des produits et de nouvelles molécules indétectables pour le moment. Aucune tête d’affiche ne tombe et j’espère que l’on n’apprendra pas, dans quelques années, qu’ils utilisaient des moyens illégaux… ».

rfi, Romain Schué

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