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10 mai 2015

Foot africain: Issa Hayatou est parti pour rester président

 

mediaLe Camerounais Issa Hayatou.AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

Issa Hayatou devrait se présenter pour un huitième mandat à la présidence de la Confédération africaine de football (CAF), en 2017. Le patron de la CAF avait pourtant assuré en 2013, lors de sa réélection, qu’il lâcherait le pouvoir, lui qui a pris les commandes du foot africain en 1988.

« Mais vous semblez ne pas me croire quand je vous dis que c’est mon dernier mandat ! » Issa Hayatou sourit franchement, l’air amusé. Nous sommes le 11 mars 2013 dans un luxueux hôtel de Marrakech. La veille, le Camerounais a été réélu – par acclamation – pour un septième mandat à la présidence de la Confédération africaine de football (CAF). Le patron du foot africain, en place depuis 1988, affiche sa satisfaction, malgré les polémiques sur sa victoire sans adversaire. « Je vous le dis à haute voix : ce n’est pas que ça "devrait" ; la CAN 2017 va être ma dernière CAN », rétorque Issa Hayatou, à une question posée au conditionnel.

Deux ans ont passé et le patron du foot africain a visiblement changé d’avis. Le 7 avril dernier, la CAF a modifié son règlement qui imposait d’avoir moins de 70 ans pour être élu au Comité exécutif ou à la présidence de la CAF. Issa Hayatou a justifié cette décision par le besoin d’harmoniser les statuts de la CAF avec ceux de la Fédération internationale (FIFA). En juin 2014, la FIFA s’est en effet opposée à l’instauration d’une limite d’âge. Une décision qui avait écarté l’un des rares obstacles à une réélection de son président Joseph Blatter, 79 ans, en poste depuis 1998.

Pourtant, selon des proches d’Issa Hayatou, ce dernier va bel et bien se représenter dans deux ans. En 2011, en marge du Championnat d’Afrique des nations au Soudan, il avait dit à RFI qu’il voulait arrêter. Mais il avait pris le soin d’ajouter : « Sauf si on me demande de rester. » En 2013, il n’affichait pas l’ombre d’un doute. Alors comment expliquer ce revirement ?

Pousser par ses proches, par sa fierté et par la CAN 2019

Malgré des ennuis de santé, Issa Hayatou est régulièrement encouragé par ses proches, au sein de la CAF, à continuer. Ces derniers lui assurent qu’il reste l’homme providentiel dont le football africain a besoin. Et ce malgré un dernier mandat sans programme bien défini. La CAN 2015, dont l’organisation a été retirée au Maroc et réattribuée dans l’urgence à la Guinée équatoriale, a conforté cette certitude. De fait, le Camerounais a l’aura d’un chef d’Etat sur le continent et jouit d’un large carnet d’adresses. Sans son entregent, le chef de l’Etat équato-guinéen Teodoro Obiang-Nguema n’aurait peut-être pas accepté d’accueillir le tournoi.

 

La CAN 2019 n’est pas non plus étrangère à l’envie d’Issa Hayatou de rester. Celui-ci a pesé de tout son poids pour que le Cameroun soit désigné pays-hôte. Malgré 27 ans de pouvoir, il n’a jamais connu une CAN chez lui, en tant que président.

Issa Hayatou a par ailleurs d’autres obsessions, comme l’obtention d’une sixième place pour l’Afrique en Coupe du monde. Il aimerait également voir une équipe africaine atteindre le dernier carré du Mondial. L’homme de Garoua aime considérer que la première Coupe du monde sur le sol africain, en Afrique du Sud en 2010, est sa victoire.

Enfin, Issa Hayatou supporte difficilement les prétendants à sa succession qui veulent aller plus vite que la musique. Il a ainsi réduit à néant les ambitions de l’Ivoirien Jacques Anouma, l’un de ses ex-protégés devenu son principal opposant. Et il semble que le même sort attende Mohamed Raouraoua. Les relations se sont tendues avec le président de la Fédération algérienne (FAF). Le patron de la FAF n’a pourtant pas ménagé son soutien à Hayatou ces dernières années. Mais ce dernier veut avoir son mot à dire sur celui qui prendra sa suite.

Touché mais pas coulé par les critiques

Cet attachement au pouvoir, cette confusion entre des intérêts personnels et l’intérêt supérieur du football africain, les accusations récurrentes de corruption et de népotisme, ont attiré une avalanche de critiques. Issa Hayatou assure que ces attaques ne l’ébranlent pas. Pourtant, il s’était montré frondeur, en 2013, après sa réélection. Il avait notamment rappelé qu’il ne faisait rien de plus que le Suisse Joseph Blatter ou le Français Michel Platini, le président de l’Union des associations européennes de football (UEFA).

« Qui critique ? C’est surtout la presse. Vous connaissant, ça ne me dit absolument rien. J’ai mes sept heures de sommeil par nuit, avait-il assuré. Ça me fait rire quand on dit que je suis "trop autoritaire". On ne peut pas diriger le football africain sans être autoritaire. On parle aussi de mes 25 années de présidence. C’est un record et ce n’est pas une petite affaire ».

Il avait poursuivi par cette phrase qui pourrait être répétée en 2017 : « Ils (ses détracteurs) peuvent critiquer. […] J’ai toujours dit à qui veut l’entendre que je n’ai pas d’ami dans l’exercice de mes fonctions. Je n’ai que les règlements et les statuts de la CAF. C’est ça qui m’a aidé à rester 25 ans. Je continuerai à appliquer ce principe. Si quelqu’un s’éloigne des textes, il est voué à l’échec. »

rfi

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