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31 mars 2015

COUPE CAF: Ittihad frustré et motivé par l’exil forcé, attend l'ASEC

Ittihad frustré et motivé par l’exil forcé
© AFP

Pour eux, tout pourrait s’arrêter le 5 avril prochain, avec comme seul horizon un retour à Tripoli et la perspective de longs mois d’hibernation. Après le match nul obtenu le 15 mars dernier à Abidjan face à l’ASEC Mimosas (1:1), les Libyens d’Al-Ittihad sont en ballotage favorable avant le retour prévu à Tunis pour accéder au troisième tour de la Coupe de la CAF.

"La situation est très simple : si nous perdons, chacun rentre chez soi. Moi en France, et les joueurs enLibye", résume Pierre Lechantre, entraîneur français de la formation tripolitaine, la plus titrée du pays, qui souhaite éviter de connaître le même sort qu’Al-Ahli Tripoli, éliminé au premier tour de la Ligue des champions de la CAF par les Egyptiens de Smouha Alexandrie. "Avec, pour les joueurs, la perspective de ne plus avoir d’activité, puisque le championnat n’a pas lieu, pour des raisons de sécurité. Mais si on se qualifie, on continue…"

Vue comme ça, l’équation semble simple. Sauf qu’elle ne l’est pas vraiment. "En fait, j’entraîne l’équipe d’un pays où je ne suis jamais allé", explique Lechantre, arrivé en 2012 d’Al Arabi, au Qatar, et qui remplit sa mission libyenne depuis la Tunisie voisine. A cause d’une situation politique toujours instable quatre ans après la révolution, et des problèmes de sécurité qui empêchent l’organisation de matches internationaux, la Confédération Africaine de Football a imposé aux clubs libyens engagés dans les compétitions continentales de jouer sur terrain neutre.

Un entraîneur compréhensif
Et leurs joueurs ont dû s’adapter à cet exil difficile à vivre. "Cela demande beaucoup de sacrifices, notamment par rapport à nos familles", explique le défenseur international Osama Chtiba, 26 ans. "Ma femme vit à Tripoli avec mes quatre enfants. Pour voir le dernier, qui est né récemment, j’ai dû attendre plusieurs semaines. Et on est toujours inquiet pour la sécurité de nos proches." Face à cette réalité qu’il découvre, Lechantre a opté pour un management adapté aux circonstances. "Il nous laisse rentrer quelques jours par mois à Tripoli. On prend un avion pour Djerba, et de là, nous regagnons la capitale en voiture. Cela nous fait beaucoup de bien moralement. Nous avons connu des entraîneurs beaucoup moins compréhensifs que lui", poursuit Chtiba, resté au pays par conviction. "J’aurais pu partir jouer au Maroc, en Jordanie, au Liban mais j’ai refusé, car je veux aider mon club."

L’entraîneur français, s’il lâche un peu de lest à ceux qui ont femme et enfants en les autorisant à effectuer de brefs mais salvateurs aller-retours en Libye, agit différemment avec les plus jeunes, souvent célibataires. "J’ai eu leur âge, et je sais qu’il faut leur laisser du temps pour s’amuser, pour se détendre", explique le technicien. Mais pas à Tripoli. "Il nous accorde des permissions pour sortir à Tunis ou aller voir notre famille dans le sud de la Tunisie", intervient le défenseur international Ahmad Al-Kilo, pleinement concerné du haut de ses 20 ans. "C’est une situation qui n’est pas toujours simple. Moi, cela fait plus de deux mois que je ne suis pas rentré en Libye. Je sais que là-bas, en tout cas à Tripoli, la vie est presque normale, mais bien sûr, on pense à nos familles, à nos proches. Parfois, on peut ne pas avoir la tête au football. Mais on sait aussi que c’est très important pour le peuple libyen quand il voit que nous gagnons des matches."

De l'électricité dans l'air
En attendant une amélioration qui semble aujourd’hui illusoire, tant la Libye semble déchirée, les joueurs d’Al-Ittihad s’accommodent de ce quotidien. "On travaille beaucoup, vu que nous avons les joueurs sous la main. On s’entraîne, on joue des matches amicaux", détaille Lechantre, qui a une longue expérience du football africain depuis son passage au Cameroun en 1999. "Mais il est évident qu’une telle situation m’oblige à m’adapter. Parfois, on ressent des tensions, on devine qu’il y a de l’électricité dans l’air, parce que les joueurs peuvent en avoir marre d’être éloignés de leur pays, de leur famille, parce qu’il y a un peu de retard dans le versement des salaires. Il faut être très attentif à chacun, mais j’ai la chance d’avoir un groupe sain. Ils ne veulent pas que tout s’arrête le week-end prochain."

Pour Chtiba comme pour Al-Khilo, la simple évocation d’une élimination face à l’ASEC déboucher systématiquement sur la même réponse. "C’est quelque chose que nous n’envisageons même pas. Nous voulons aller le plus loin possible. Car ce que nous vivons, c’est aussi une vraie source de motivation."

fifa.com

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