1528DEDI
topblog Ivoire blogs

05 décembre 2014

Hervé Renard : «Le maillot de la Côte d’Ivoire est difficile à porter»

 

mediaLe Français Hervé Renard.RFI / Christophe Jousset
 

Au lendemain du tirage au sort de la CAN 2015, Hervé Renard est revenu sur ses premiers mois à la tête de l’équipe nationale de Côte d’Ivoire. Le sélectionneur français évoque des éliminatoires compliquées, les problèmes défensifs des « Eléphants » et le rappel des joueurs fraichement retraités comme Didier Zokora et Didier Drogba.

RFI : Hervé Renard, les joueurs de l’équipe de Côte d’Ivoire semblaient profondément blasés et dépités le soir de leur élimination au premier tour de la Coupe du monde. Les avez-vous trouvés dans le même état d’esprit, lors de votre prise de fonction en août dernier ?

Hervé Renard : Le mot « blasé » n’est pas le bon adjectif. Les joueurs étaient déçus et abattus. Les séquelles laissées par cette élimination expliquent les dernières minutes du match disputé face au Cameroun (les Ivoiriens avaient gardé le ballon durant de longues minutes, et ce afin de préserver un résultat qui les qualifiait pour la CAN 2015, Ndlr).

Juste après le coup de sifflet final, des joueurs m’ont dit : "Coach, on a vécu quelque chose de terrible lors de la Coupe du monde au Brésil. A 30 secondes près, on était qualifiés pour le deuxième tour. Donc on ne veut plus jamais vivre ça !" Cette séance de passe à dix, comme je l’ai déjà expliqué, n’a pas été bien faite (sic). Mais quand on entend une explication comme celle-là, on comprend un peu plus facilement cette attitude. Après, je le répète, ça aurait dû être mieux fait.

La Côte d’Ivoire a encaissé 11 buts en 6 matches lors de la phase de groupes des éliminatoires. C’est beaucoup trop. Est-ce mission impossible d’avoir une bonne défense d’ici au premier match des Ivoiriens à la CAN 2015, le 20 janvier à Malabo, face à la Guinée ?

Non, puisque lors des deux derniers matches des éliminatoires, on en a encaissé qu’un seul. Et puis, il y a eu le retour de Kolo Touré en défense centrale. Il faut toujours trouver des aspects positifs aux choses.

Le mois de septembre a été compliqué pour nous. […] A ce moment-là, je crois que 70% des joueurs de l’équipe n’étaient plus titulaires dans leurs clubs.

Vous allez me demander pourquoi est-ce que j’ai pris ces joueurs. Eh bien changer complètement une équipe me paraît difficile. Surtout pour un entraîneur qui a débuté au mois d’août et qui doit préparer des matches au mois de septembre. Cette situation était complexe et difficile à gérer. Depuis, les choses sont rentrées dans l’ordre, petit à petit. […]

Il y a eu des bonnes choses aussi. On a fini avec la meilleure attaque de la phase de poules  des éliminatoires (avec 13 buts, Ndlr). Ça, ce n’est pas négligeable.

Mais pour gagner un titre, il faut avoir une cohésion plus importante. Notre problème défensif n’est pas seulement dû à un problème de défenseurs. Il est également dû à un aspect collectif.

Vous avez lancé Lamine Koné en équipe nationale et vous avez confié de plus grosses responsabilités à Souleymane Bamba. Avez-vous été déçu par les prestations de ces deux défenseurs centraux et par leur attitude ?

Non, pas forcément. Lamine a vécu un premier match en équipe nationale difficile face au Cameroun (une défaite 4-1, Ndlr). Mais il a eu des difficultés comme toute notre équipe. Lamine a fait ses débuts au sein d’une équipe qui n’y était pas ce jour-là. Puis, lors d’un second rassemblement, il était blessé et n’avait pas pu venir. Enfin, lors du troisième rassemblement, d’anciens défenseurs (Kolo Touré et Didier Zokora notamment, Ndlr) ont été rappelés. Il fallait effectuer des choix…

En ce qui concerne Souleymane, il ne jouait pas avec son précédent club, Trabzonspor (Turquie). Son entraineur, Vahid Halilhodzic, ne comptait pas sur lui. A ce moment-là, Souleymane était en « stand by ». Ensuite, il s’est engagé avec le club italien de Palerme. Il y a un joué un match. Mais, depuis, plus rien.

On ne peut pas être footballeur au niveau international si on n’est pas compétitif. Il n’y a rien de personnel dans ma décision. Leur temps de jeu n’était pas assez important. […]

Le retour de Didier Zokora en équipe nationale a fait couler beaucoup d’encre. Après beaucoup d’hésitation, il a accepté de reprendre du service. Mais il a été écarté lors du dernier rassemblement des « Eléphants », il y a quelques semaines. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il s’est passé ?

[…] Didier a peut-être eu un petit moment d’hésitation au sujet de son retour. Ce moment d’hésitation a fait qu’il n’a pas démarré le stage avec nous. […] Je lui ai alors dit que c’était impossible d’intégrer le groupe au bout de quatre ou cinq jours.

J’aurais fait la même chose avec n’importe quel joueur. Je n’avais pas le choix. Si je n’avais pas agi comme ça, j’aurais laissé la possibilité à d’autres joueurs de faire pareil ; à Yaya Touré, à Gervinho ou à Wilfried Bony d’arriver quand ils en ont envie.

Ce n’était pas une punition envers Didier. Il s’agit juste de poser des règles collectives.

Rappeler des joueurs qui avaient tiré une croix sur l’équipe nationale constitue-t-il un échec ?

Non, car le délai était trop court pour pouvoir tout réussir. Certaines personnes ont pensé qu’une non-qualification pour la CAN 2015 aurait été bénéfique au football ivoirien. Moi, je pense que ça aurait été tout le contraire.

On était parti sur une route qui ne menait pas à la qualification. Donc on a pris un petit chemin de traverse. Ça nous a permis de nous qualifier et ça ne change rien au projet de reconstruction de cette équipe. C’est juste une parenthèse. […]

Après, si vous faites référence au fait que certains joueurs ont été titulaires et qu’ils n’ont pas assumé ce statut, je vous rappelle que le maillot de l’équipe de Côte d’Ivoire est difficile à porter. Surtout dans un contexte comme celui-ci, avec un laps de temps de trois mois et six matches seulement pour se qualifier en Coupe d’Afrique.

Concernant un éventuel retour de Didier Drogba, avez-vous fait tout ce que vous pouviez ? Ou bien allez-vous continuer à œuvrer à son retour ?

La décision lui appartient. Pour le moment, c’est lui qui ne veut pas revenir. De mon côté, je laisse la porte ouverte à tout joueur ivoirien sélectionnable. […]

En 2005, Zinedine Zidane, Lilian Thuram et Claude Makelele avaient fait leur retour en équipe de France grâce au concours d’autres joueurs. Certains « Eléphants » peuvent-ils aider au retour de Drogba en sélection ?

Pensez-vous que les autres joueurs ivoiriens n’aimeraient pas avoir Drogba avec eux ? Je pense qu’il y a beaucoup plus d’Ivoiriens favorables à son retour que de gens qui sont contre. […]

Il fait une grande carrière et ce n’est pas par hasard. C’est un grand professionnel. Si vous lui tenez un discours clair, il vous respectera toujours. Il a d’ailleurs toujours respecté ses entraîneurs. […]

Les échecs successifs de cette équipe de Côte d’Ivoire sont frappants. Comment expliquez-vous ces multiples désillusions ?

J’essaie de comprendre, mais je n’ai pas toutes les réponses. […] Si j’avais un message à adresser aux joueurs, ce serait "oubliez les petits différents, s’il y en a eu ces dernières années". Il faudrait les mettre de côté l’espace d’un tournoi.

La cohésion sera très importante pour notre équipe. Pour certains joueurs, ce sera sans doute leur dernière grande compétition internationale. Donc, c’est le moment ou jamais.

Lors d’une récente conférence de presse, vous avez lancé aux journalistes ivoiriens : « Pendant des années vous avez eu du caviar avec cette équipe nationale ; et maintenant, vous avez de la semoule. » Est-ce que vous maintenez cette formule ?

J’ai parlé de « caviar » parce que cette équipe s’est qualifiée très facilement pour de grandes compétitions, parce qu’elle a disputé deux finales de CAN (2006 puis 2012) et parce qu’elle a joué trois Coupes du monde d’affilée.

Maintenant, je pense qu’il faut s’attendre à des moments plus difficiles. Parce que certains joueurs ont mis un terme à leur carrière internationale. Parce que l’équipe vieillit et que le renouvellement des joueurs ne va sans doute pas assez vite. […]

Propos recueillis par David Kalfa et Christophe Jousset,

Les commentaires sont fermés.