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27 novembre 2014

Economie: le football français face à une concurrence imaginaire ?

 

mediaLe Stade Vélodrome de Marseille rénové en vue de l'Euro-2016.REUTERS/Jean-Paul Pelissier
 

Dans une étude récente, l’Union des clubs professionnels de football dénonce le « décrochage » du football français. Un décrochage dû, selon elle, à des charges trop lourdes et à des recettes moindres par rapport à la concurrence européenne. Mais les clubs français sont-ils vraiment en concurrence avec leurs homologues anglais espagnols ou russes ?

Depuis l’arrêt Bosman de 1995, et une ouverture des frontières européennes faite « sans harmonisation, ni régulation », les clubs professionnels français subissent un décrochage sportif et économique. Ce constat alarmant est celui de l’UCPF (Union des clubs professionnels de football). Cet organisme, qui réunit tous les présidents de clubs de Ligue 1 et Ligue 2, a présenté le 20 novembre une étude pour étayer son diagnostic.

Droits télé : le PSG moins doté que Cardiff

Pour l’UCPF, le « décrochage » du football français est tout d’abord dû à « de lourds handicaps » économiques et réglementaires. Charges sociales plus importantes que chez nos voisins, absence de propriété des stades (et manque à gagner qui s’ensuit), frais de sécurité (en hausse de 95% sur quatre ans), taxe à 75%… tout est bon pour expliquer les mauvaises performances des clubs français qui sont passés de la deuxième à la sixième place à l’indice UEFA en vingt ans. Même la loi Evin en prend pour son grade. L’interdiction faite aux clubs de football de vendre de la bière ou de faire de la publicité pour des marques d’alcool constituerait, pour les présidents, un sacré manque à gagner si l’on songe aux quarante millions d’euros que rapporte chaque année aux clubs de la Bundesliga la vente de bière dans les stades.

Côté ressources, malgré des progrès, l’écart s’est creusé avec les grands championnats. Droits télé, billetterie, sponsoring, la France est partout en retard sur ses « concurrents ». Les droits télé de la Ligue 1 vendus à l’étranger sont notamment ridiculement bas : 32,5 millions d’euros, contre 906 millions pour les droits internationaux de la Premier League anglaise ou 177,5 millions pour ceux de la Liga espagnole. Autre point de comparaison mis en avant : Bastia, 10e de la Ligue 1 la saison dernière, n’a gagné que 21 millions d’euros de droits audiovisuels, contre 96 millions à Newcastle, 10e en Premier League. Bref, s’emporte l’UCPF, pour ce qui est des droits télé, « mieux vaut perdre la Premier League que gagner la Ligue 1 […] En étant champion, le PSG gagne 3 fois moins que Manchester City et 2 fois moins que Cardiff, dernier de la Premier League ! »

 

Vous avez dit « espace compétitif » ?

Voilà pour le constat qui, « désormais, ne peut être qu’européen si l’on veut comprendre la situation de nos clubs plongés dans un espace international ultra compétitif », écrit l’UCPF. Mais de quelle « espace compétitif » parle-t-on ? Bastia et Newcastle s’affrontent-ils dans la même compétition ? Non. De la même manière, le président du Toulouse football club reconnaissait lors de la présentation de l’étude que son club n’avait joué qu’une fois un tour préliminaire de Ligue des champions. Et le président de l’AS Saint-Etienne confiait que les Verts jouaient cette saison leur première Ligue Europa.

Dans une Europe aux marchés ouverts, les clubs de football sont des entreprises confinées dans un marché intérieur qui ne sont en compétition qu’à la marge avec les clubs des autres pays. La vraie concurrence sportive, celle qui porte sur l’objet même des entreprises que sont les clubs, est uniquement nationale pour la plupart d’entre eux, et essentiellement nationale pour ceux qui jouent régulièrement une Coupe d’Europe. On ne bâtit pas un budget sur une victoire en Ligue des champions, tout au plus sur une participation régulière. Et pour gagner sa place, c’est bien entre clubs français que l’on s’affronte. Voilà pourquoi l'on voit si souvent les clubs français se donner à fond en championnat et négliger la Ligue Europa… Or c’est précisément grâce à cette compétition que les clubs portugais et russes ont fortement progressé ces dernières années. Moralité : plutôt que de se plaindre d’une concurrence en grande partie imaginaire, les clubs français feraient mieux d’affronter cette concurrence balle au pied avec toutes leurs armes quand ils en ont l’occasion.

rfi,Jean-Damien Lesay

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