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15 juillet 2014

Le Mondial 2018 en Russie coûtera plus cher que celui du Brésil

 

mediaPasse décisive de Sepp Blatter à Vladimir Poutine dimanche 13 juillet 2014 à Rio de Janeiro.REUTERS/Alexey Nikolsky/RIA Novosti/Kremlin
 

Alors que la fête est finie au Brésil, le Mondial russe de 2018 se profile déjà à l’horizon. Le chantier est colossal car, outre les stades à construire ou à rénover, le manque d’infrastructures est criant en dehors de Moscou, Saint-Pétersbourg et Sotchi. L’addition s'annonce salée.

Le Mondial brésilien à peine terminé, les yeux du monde sont déjà tournés vers celui de 2022 au Qatar et vers tous les problèmes qu’il soulève, oubliant presque qu’entretemps, il y en aura un en Russie, très précisément du 8 juin au 8 juillet 2018. On exagère un peu bien sûr mais s’il a fait beaucoup parler de lui au moment de son choix, le Mondial 2018 a pour le moment laissé à celui de 2022 une bonne partie de la mauvaise publicité. Il faut pourtant avouer que ceux qui ont vu de la manigance dans la désignation de la Russie pour l’organisation de la XXIe Coupe du monde ont sans doute quelques arguments à faire valoir.

Trois stades sur douze sont prêts

Théâtre des J.O. de 1980, le stade Loujniki de Moscou va être refait à neuf.

Pour commencer, c’était la première fois – et sans doute la dernière - que deux Coupes du monde étaient attribuées en même temps, la Russie s’étant habilement retirée, en octobre 2010, de la course à 2022, pour finalement être désignée hôte de l’édition 2018. C’était le 2 décembre 2010, une victoire au 2e tour par 13 voix contre 7 face à une candidature jointe Espagne-Portugal. Evincée dès le 1er tour (seulement 2 voix sur 22 alors qu’elle avait sans doute le meilleur dossier), l’Angleterre a crié au scandale à l’époque et n’a pas décoléré depuis.

 

Que cela plaise ou non – et sauf cas de force majeure – la Coupe du monde aura donc bien lieu en Russie dans quatre ans et le pays de Vladimir Poutine est obligé de mettre le paquet car il part de très loin. Sans atteindre les sommes pharaoniques des J.O. de Sotchi (on a parlé de 36 milliards d’euros), le Mondial russe devrait coûter bien plus que la Coupe du monde 2014 au Brésil, déjà labélisée comme la plus chère de l’histoire. Pour le moment, la facture s’élèvera - selon le ministre russe des Sports Vitaly Moutko - à 14,7 milliards d’euros, à comparer aux 8 Mds du Mondial brésilien et aux 3,5 Mds du Mondial Sud-Africain.

Ce coût élevé s’explique déjà par le fait que les douze stades, sur les onze sites choisis (Moscou en comptera deux), devront soit sortir de terre ex-nihilo, soit être profondément modernisés. Dans la seconde catégorie on compte le stade Loujniki de Moscou (livraison prévue en 2017) qui avait accueilli les J.O. de Moscou en 1980 et va être réaménagé pour compter 89 000 places car il sera le théâtre du match d’ouverture, d’une demi-finale et de la finale.

Egalement modernisé : le stade Gazprom de Saint-Pétersbourg, une arène qui va passer à 70 000 places et doit être livrée en 2016. C’est là qu’aura lieu l’autre demi-finale. Tous les autres stades auront une capacité de 45 000 places environ. Certains sont déjà construits comme le Stade Ficht de Sotchi qui a abrité les J.O. l’hiver dernier, celui de Kazan où a eu lieu l’Universiade en 2013 et la deuxième arène moscovite, le stade du Spartak Moscou, qui ouvrira officiellement ses porte en septembre prochain.

Manque d’infrastructures

Le Stade Ficht de Sotchi lors de la cérémonie d'ouverture des J.O. d'hiver 2014.

En revanche, les sept autres arènes sont en cours de construction avec des chantiers plus ou moins avancés. Il s’agit de Kaliningrad (enclave située entre la Pologne et la Lituanie, au bord de la mer Baltique), de Rostov-sur-le-Don (tout au Sud, près de la Crimée), de Saransk, en Mordovie, riante cité chère à Gérard Depardieu, de Samara, Volgograd et Nijni-Novgorod, trois villes traversées par la Volga et enfin Iekaterinbourg, dans l’Oural, à deux fuseaux horaires de Moscou (TU + 6)

Reste que ce ne sont pas les stades, loin de là, qui représentent la charge la plus importante dans ce budget colossal (le coût des stades est évalué à environ 2,5 milliards d’euros). Si Moscou, Saint-Pétersbourg et désormais Sotchi, ont l'habitude des visiteurs et des touristes, il n’en va pas de même pour les autres sites où beaucoup reste à faire en matière d’infrastructures (aéroports, routes, capacité d’accueil). Un détail parmi beaucoup d’autres, dans la plupart des villes, toute la signalétique est en alphabet cyrillique, de quoi déconcerter les 1 million de visiteurs étrangers espérés.

Même si, vu la taille du pays, les sites sont relativement regroupés et répartis en quatre régions distinctes (Ouest, Centre, Sud et Nord-Est), les liaisons en train à grande vitesse, un moment envisagées (on évoquait un réseau de 3 000 km), ont totalement disparu du projet. Trop cher. Comme au Brésil, les déplacements se feront donc essentiellement en avion, hormis entre Moscou et Saint-Pétersbourg, distantes de 700 km et reliées, elles, par une ligne ferroviaire à grande vitesse. Pour la Fifa en tous cas, tout sera prêt en temps et en heure, c’est du moins ce qu’affirmait en janvier le bras droit de Sepp Blatter, Jérôme Valcke, quand il disait que la Russie était en avance « de six à huit mois » sur son calendrier.

L’affirmation a de quoi surprendre car deux mois plus tard, Vitaly Moutko (le ministre russe des Sports, si vous suivez toujours) se disait « alarmé » par la lenteur des travaux sur certains sites. Compte-tenu des hivers très rigoureux, le calendrier s‘annoncerait en fait très serré en dehors de Moscou, Saint-Pétersbourg et Sotchi, soit sur 8 des 11 sites quand même. Jérôme Valcke n’est cependant pas inquiet outre-mesure puisque, selon ses termes « l’information peut arriver au plus haut niveau très rapidement » car « Sepp Blatter et Vladimir Poutine ont d’excellentes relations ». On aurait tort d’en douter.

Un climat à assainir

Avant Russie - Algérie, le 26 juin, à Curitiba.

Le président Poutine l’a promis au moment de la passation de témoin dimanche soir à Rio, « nous ferons de notre mieux pour offrir au monde une fête du football inoubliable et une véritable hospitalité russe en 2018 ». Même si les appels au boycott formulés au moment de l’annexion de la Crimée aux dépens de l’Ukraine n’ont aucune chance d’être entendus, la Russie poutinienne souffre d’un gros déficit d’image dans un bon nombre de pays susceptibles de participer à l’édition 2018.

Racisme dans les stades, homophobie revendiquée, manque d’ouverture sur le monde, corruption à grande et à petite échelle - sans parler de la politique internationale - sont souvent cités pour dénigrer à l’avance la Coupe du monde 2018, ce à quoi les optimistes rétorquent que les événements comme un Mondial ou les Jeux olympiques sont justement un moyen de faire évoluer les mentalités. À voir.

Même s’il y a peu de chance que l’ambiance soit la même dans quatre ans qu’au Brésil cette année où, par parenthèse, aucun trouble n’est venu gâcher la fête malgré les mésaventures de la Seleçao, ce Mondial 2018 permettra peut-être à la Russie de donner une meilleure d’image d’elle-même. C’est tout le mal qu’on peut souhaiter à ce pays qui n’a jusqu’ici guère eu l’occasion de s’enthousiasmer pour son équipe nationale. Le bilan est famélique depuis la chute de l’URSS : 2 victoires, 2 nuls et 5 défaites en 3 participations depuis 1994. C’est maigre pour un pays de cette taille, même si le hockey y demeure le sport-roi.

rfi, Christophe Carmarans

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