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12 juillet 2014

L'Indonésie: un Eldorado pour les footballeurs africains ?

 

 

mediaParfait Ebang, à Jakarta, en juillet 2014.
 

L’Indonésie regorge de possibilités pour les joueurs de football étrangers en fin de carrière. L’archipel compte de nombreux clubs qui attirent tant pour l’expérience que les salaires. Un vrai Eldorado pour qui veut tenter sa chance.

Jules Onana, ancien footballeur ayant participé à la Coupe du monde de football de 1990, sous les couleurs du Cameroun, s’est expatrié en Indonésie il y a déjà 18 ans. Après avoir joué en club ici, il a passé sa licence FIFA pour devenir agent. Depuis, il s’occupe de footballeurs étrangers, et principalement africains, qui cherchent à poursuivre leur carrière plutôt que d’y mettre fin prématurément.

Il explique que le profil idéal pour venir jouer ici, c’est celui d’un joueur âgé entre 27 et 32 ans, qui a déjà « roulé sa bosse » et qui peut apporter son vécu pour aider les joueurs locaux à progresser. Pourquoi si tard ? Pourquoi ne pas venir quand on est dans la force de l’âge ? L’Europe est le Graal du footballeur : jeu de très haut niveau, salaires qui suivent, c’est sur le papier comme dans la réalité bien plus alléchant que n’importe où ailleurs. « Mais pour ces footballeurs là, l’Europe c’est fini ».

Parfait Ebang, un ancien joueur gabonais, s’est installé en Indonésie en 1997. « Au départ, ça devait être un tremplin pour aller en Europe. Puis ça payait bien et je me suis dit, je vais continuer ici ». Il explique qu’après des années à jouer au Gabon, attendant d’être repéré, il s’est lassé. « 'On va venir te chercher’, ils me disaient au pays. Tous des menteurs. J’ai attendu 7 ans ! Et je voulais vraiment jouer au niveau professionnel. En Afrique, ce n’est pas possible ».

Jouer en Indonésie et ouvrir un business en Afrique

Depuis qu’il a arrêté de jouer, il est devenu entraîneur. « Des entraineurs qualifiés en Afrique, il n’y en a pas, surtout pour les jeunes qui débutent. J’ai une envie, quand je rentrerai, j’irai dans ce sens et je vais aider. S’ils veulent écouter... ».

L’avantage majeur avec l’Indonésie, selon lui, c’est qu’en signant dans un club local, on peut gagner suffisamment d’argent. « En Afrique tu gagnes rien. En cinq ans ici, tu peux avoir assez pour ouvrir un business en rentrant au pays. Et en Europe, passé 30 ans, ta valeur marchande chute considérablement, car tu es trop vieux ou trop fatigué, alors qu’en Indonésie tu peux gratter cinq, six ans de plus ! ».

Aimé Boman, un footballeur professionnel de 24 ans, a déjà été dans plusieurs pays après avoir quitté sa Côte d’Ivoire natale. Il est arrivé en Indonésie il y a six mois et évolue dans le club de Makassar, sur l’île de Sulawesi (Célèbes). « Comme tout joueur, d’abord tu ne rêves pas de l’Asie. Et j’ai eu la chance de croiser des entraîneurs d’Europe, mais à chaque fois, c’était des promesses, rien de concret. Quand on m’a parlé de l’Indonésie, j’ai tiqué. ‘C’est où ça ?’ Mais au moins, il y avait du concret ».

Pour lui, jouer ici va lui permettre de gagner en expérience, en jeu, c’est un tremplin avant de jouer « dans la cour des grands ». Il explique qu’il ne se plaint pas, les Indonésiens aiment apprendre. « Tu es l’homme à tout faire, je joue à pas mal de postes différents. Il faut toujours donner le meilleur de soi même, pour rester au meilleur niveau possible ». Il rêve toujours d’un jour aller en Europe. « J’irai, un jour j’irai, je sais que j’y arriverai ».

Devenir une star du ballon en peu de temps

Jules Onana explique que c’est encore possible dans son cas. C’est ce qui s’est passé pour Christian Bekamenga. Camerounais d’origine, il est venu en Indonésie après avoir joué en Malaisie, participé aux JO de Pékin, puis il a signé à Nantes, Orléans et il est maintenant à Laval. « C’est rare, mais ça arrive, c’est une question de talent ».

Mais en général poursuit-il, pour les jeunes, ce n’est pas recommandé de venir ici car s’ils ne sont pas habitués, c’est plus difficile de s’adapter. « Les déplacements sont durs, rien n’est structuré, un jeune sera très mal ici car s’il n’a pas le mental et s’il n’est pas fort, on va le bouder ».

Pour certains joueurs ayant évolué en Europe, la perspective laisse cependant perplexe. « J’avais proposé à un joueur de venir une fois l’Europe terminée. Quand je lui ai parlé du salaire, il m’a dit ‘tu es sérieux ?’. C’est sûr que ce n’est pas comme en Europe, mais rapporté au niveau de vie ici, ce n’est vraiment pas négligeable ».

A l’époque où Jules Onana et Parfait Ebang sont arrivés, les clubs étaient sponsorisés par l’Etat, il y a avait donc un peu plus d’argent. Mais à cause de soupçons de corruption, cela a changé. Les clubs doivent aujourd’hui trouver leurs propres sponsors. Et la transparence est le mot d’ordre auprès de tous.

Les étrangers qui viennent jouer en Indonésie deviennent presque instantanément des stars. Les supporters indonésiens les adulent, la passion pour le jeu dans l’archipel n’a pas de limite. « Il n’y a qu’à voir un stade ici, c’est de la folie ! » disent les anciens joueurs.

Alors tantôt pour venir relancer sa carrière, ce qui serait impensable en Europe, tantôt pour progresser, l’Indonésie est une terre promise footballistique.

rfi,Cléa Broadhurst

 

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