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18 février 2013

FOOTBALL: Kei Kamara, de la guerre civile à la Premier League

 

Kei Kamara sous le maillot de Kansas City, le 27 mai 2012.
Kei Kamara sous le maillot de Kansas City
Images/AFP
 

Réfugié en Gambie puis aux Etats-Unis suite à la guerre civile en Sierra Leone, son pays d'origine, Kei Kamara a réalisé son rêve en jouant ses cinq premières minutes en Premier League avec Norwich City, samedi dernier. Un évènement qui a poussé les Sierra Léonais à prendre d'assaut les cinémas pour assister à la rencontre. Retour sur un long chemin parcouru.

« Maman, je l’ai fait ! » Voilà ce que Kei Kamara a inscrit sur son compte Twitter, ce samedi 9 février, pour accompagner une photo sur laquelle, tout sourire, il brandit le maillot de Norwich City floqué à son nom. Après l’annonce de sa signature, le 30 janvier dernier, il n’avait pourtant dû attendre qu’une petite semaine avant d’obtenir les documents nécessaires à l’officialisation de son transfert chez les Canaries. Mais le message laissé sur son répondeur pour lui annoncer l’obtention de son visa (avec « le plus incroyable accent anglais que je n’ai jamais entendu », s’amusait-il alors sur le même réseau social) concrétisait un rêve qu’il n’avait probablement même pas osé faire dans son enfance. A 28 ans, quatorze années après avoir fui la Sierra Leone, Kei Kamara a disputé ses cinq premières minutes en Premier League anglaise, samedi contre Fulham.

« Je ne sais pas où je serais sans le football », explique le buteur sur le site de Schools for Salone, une ONG avec laquelle il collabore pour construire un orphelinat et une école pour les enfants victimes des conflits dans son pays natal. Alors qu’il n’avait que 14 ans, la guerre civile sierra-léonaise a en effet chassé Kei vers la Gambie, où il a résidé deux ans avant de réussir à traverser l’océan Atlantique grâce à un programme à destination des réfugiés, pour rejoindre sa mère, aux Etats-Unis. Dans ce pays où le football est loin d’être le sport roi, c’est pourtant bien le soccer qui l’aide à s’en sortir, après l’avoir aidé à s’intégrer, notamment grâce à l’équipe de la Luezinger High School de Lawndale, qu’il mène au titre de champion scolaire de Californie dès 2002.

Un coup de boule par Thierry Henry

« J’ai compris que pour avoir une bourse et aller au collège (l’équivalent de l’université, ndlr), j’allais devoir jouer au football, donc j’ai fait ça pendant deux ans, se souvenait-il après son premier match en Angleterre. Après j’ai été drafté en MLS (Major League Soccer, le championnat américain, ndlr) où j’ai joué pendant sept ans, et maintenant me voilà. » Kei Kamara a l’art du résumé. Car entre temps, il a obtenu son diplôme de kinésiologie (étude des mouvements humains) à la California Stade University de Dominguez-Hills, dont l’équipe de soccer lui a permis de se faire remarquer et d’accéder à diverses sélections locales. Passé par Columbus Crew, San Jose Earthquakes, et Houston Dynamo, c’est à Kansas City qu’il finit par se faire remarquer, en inscrivant 31 buts en 98 matches entre 2009 et 2012.

Malgré ses bons résultats, il a le tort d’évoluer dans une ligue encore peu exposée en Europe, où on le connaît surtout à travers la rubrique « insolite » des sites web d’information. Lorsqu’en avril 2010 il loupe l’immanquable en glissant alors qu’il n’a plus qu’à pousser le ballon, sur la ligne de but, ou lorsqu’il reçoit un étrange coup de boule de Thierry Henry en septembre 2012. La saison dernière, il s’est également fait repérer pour des célébrations de buts créatives en compagnie de son coéquipier CJ Sapong, avec un chapeau et une danse irlandaise pour fêter la Saint-Patrick, ou en levant les bras au ralenti pour imiter le « slow-motion » des films hollywoodiens. Malgré ces frasques, la question est toujours la même lorsqu’il rentre en Sierra Leone, par exemple pour jouer avec la sélection : « tout le monde me demandait quand j’allais jouer en Angleterre, parce que c’est le seul championnat qui est diffusé partout. »

« Les cinémas de Sierra Leone étaient pleins »

Il suffisait finalement d’être repéré par le manager de Norwich City, Chris Hughton, persuadé que le joueur va faire passer l’actuel 14e de Premier League « dans une nouvelle dimension dans le secteur offensif ». Même si Kei Kamara n’est pas le premier Sierra-léonais à évoluer au Royaume-Uni, et que le pays a déjà une star de belle facture en la personne de Mohamed Kallon (passé notamment par l’Inter Milan et l’AS Monaco), l’évènement a apparemment fait du bruit dans la patrie du goleador. « Ils disent que tous les cinémas étaient pleins, souriait-il après sa courte entrée en jeu. Il va y avoir un paquet de maillots jaunes (la couleur de Norwich, ndlr) avec mon nom marqué dessus. Déjà quand l’annonce de mon transfert a été faite, tout le monde était dans les cinémas pour le match de Norwich City contre QPR en pensant que j’allais jouer. Je représente mon pays partout où je vais, c’est la parole de la rue. Si je réussis, les gens connaitront peut-être davantage l’endroit d’où je viens, ils taperont peut-être un peu plus Sierra Leone sur Google. »

Dans sa fiche sur le site de la MLS, on apprend que Kei admire Kobe Bryant, des Los Angeles Lakers, qu’il aime jouer aux jeux vidéo, au basketball et au volleyball, qu’il aime chanter, ainsi que les percussions africaines. On comprend aussi que son histoire personnelle et celle de son pays restent intimement liées, en constatant que son film préféré est « Blood Diamond » (sur la guerre en Sierra Leone) et que son auteur préféré est Ishmael Beah (« Le Chemin parcouru : Mémoires d’un enfant soldat »). Le 6 février dernier, dans l’avion qui lui faisait traverser l’océan Atlantique dans l’autre sens, il s’enthousiasmait en apercevant, dans les choix musicaux, une compilation pour les réfugiés sierra-léonais : « Très fier de voir ça dans les options de British Airways. » Une raison de plus d’être fier.

Thomas Pitrel, RFI

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